Le nouveau Facebook : un guide complet pour les éditeurs, les annonceurs, les utilisateurs et la concurrence

Ecrit le 26 avril 2010 par

Fabrice Epelboin et Alex Iskold

f8Facebook a secoué le monde des technologies en annonçant une série d’innovations majeures qui constituent, prises dans leur ensemble, un mouvement destiné à faire du web tout entier un web social et sémantique. Les rumeurs faisait état d’un simple bouton ‘Like’ : en lieu et place, Zuckerberg et son équipe ont révélé une nouvelle plateforme ambitieuse que l’on ne peut pas ignorer.

Les constituants de cette plateforme dessinent la vision d’un web social, personnalisé et sémantique, qui a été discuté par tous les spécialistes depuis que del.icio.us a lancé le web 2.0 en 2004. La vision de Facebook est à la fois minimaliste et globale, mais ne vous y trompez pas : son intention est bien de réduire à néant la concurrence, et d’utiliser ses centaines de millions d’utilisateurs pour prendre d’assaut le web tout entier.

Que l’on aime ou pas Facebook, il est important de comprendre ce que signifie cette évolution, ses conséquences sur les utilisateurs de Facebook, les éditeurs de sites web, le monde de la publicité, la concurrence et, bien sûr, Facebook lui même. Dans ce (long) billet, nous allons tenter, Alex et moi, de résumer les annonces de Facebook et d’anticiper les conséquences qu’elles auront sur les différentes acteurs du web d’autjourd’hui.

L’Open Graph de Facebook

Commençons par un aperçu rapide des nouveautés introduites par Facebook lors de la dernière conférence F8. Nous avons délibérément laissé de coté la monnaie virtuelle annoncée par Facebook, nous y reviendrons dans un prochain billet, mais vous vous en doutez, là aussi, l’introduction d’une monnaie sur un territoire de plus de 400 millions d’habitants n’est pas quelques chose d’anodin et sans conséquences.

Les widgets pour éditeurs

L’offre de Facebook consiste en une collection de plugins (ou plutôt de widgets au sens où l’on entend ce mot en France, des petits morceaux de fonctionnalités que l’on peut aisément ajouter à un site existant), un langage de marquage sémantique, et une API pour développeurs (pas de panique, on va tenter d’être clair).

Les widgets “Login with Faces” et “Facepile” : les plus simples des widgets pour éditeur améliorent Facebook Connect, devenu depuis son lancement l’une des méthodes les plus populaires qui soit pour se connecter à un site web simplement. Ils rendent facile et agréable l’identification sur un site tiers avec son compte Facebook, et montrent les avatars de vos amis qui sont déjà membres du service.

Les boutons “Like” et la “Likebox” qui va avec : ces widgets ajoutent la possibilité de placer un bouton de recommandation Facebook (“Like”) sur n’importe quel contenu – typiquement une page web. Chacun peut être customisé avec un marquage sémantique, décrit plus loin, mais à la base, leur but est d’amener les utilisateurs à recommander un contenu, ce qui en publira le lien dans leurs flux Facebook, le stockant au passage de façon permanente sur leurs profil. Ce lien sera également partagé et apparaitra dans le flux de leurs amis, créant ainsi du trafic vers vos contenus.

Les widgets “Activity Feed” et “Live Stream” : ces widgets montrent l’activité qui a lieu sur le site. Les flux d’activité listent les commentaires récents faits sur Facebook à propos de vos contenus et les recommandations, le « live stream » montre une vue en temps réel, qui ressemble à un chat, c’est plutôt destiné aux évènements en direct.

Le widget “Recommandations” : ce widget affiche des recommandations personnalisées basées sur le réseau social de chacun de vos visiteurs, il prend également en compte l’avis global de la communauté Facebook à propos des contenus de votre site. Son but est de faire rebondir vos visiteurs sur d’autres contenus au sein de votre site et d’accroire la ‘stickiness’ de celui-ci.

Le marquage sémantique

Facebook a lancé un langage de marquage sémantique simple, basé sur le RDF, qui rendent ces plugins intelligents et conscients du contexte non plus simplement social dans lequel ils s’affichent, mais qui leur permettent de prendre en compte le contenu autour duquel a lieu l’interaction sociale.

Pour aller vite, le marquage des contenus donne la possibilité aux éditeurs de spécifier quels objets sont présents dans ses pages : un film, un livre, un chanteur, un événement, une équipe de foot, etc. Cela permet de mettre en œuvre de la sémantique, c’est à dire une compréhension par cette technologie que le visiteur ne fait pas qu’interagir avec une page web, mais qu’il est en train de regarder, de commenter ou de recommander une chose en particulier. Le langage sémantique classe les objets en catégories comme les livres, les films, la musique, etc., et ouvre la voie à une multitude d’applications, en particulier des systèmes de recommandations personnalisés.

Plus important encore, ce langage de marquage sémantique aide Facebook à relier les internautes ayant un intérêt commun à travers différents sites web. Si Pandora et Last.fm annotent une page concernant les Beatles à l’aide du langage sémantique de Facebook, les visiteurs pourront ainsi voir leurs amis qui aiment les Beatles sur tous les sites utilisant ce langage dès que cela sera approprié.

C’est d’une importance capitale, car ce genre de données concernant vos amis est jusqu’ici dispersée à travers de multiples sites. Auparavant, Facebook faisait apparaitre ces informations dans les flux de chacun sans en extraire quoi que ce soit d’utile, désormais, les goûts de vos amis en matière de sport, de musique, de littérature ou de cinéma seront stockés de façon permanente sur leurs profils, et disponibles pour être mis en contexte à travers le web tout entier.

La nouvelle API

La nouvelle API de Facebook est élégante et puissante. Elle rend aisé l’accès aux informations des utilisateurs (avec leur autorisation, bien sûr) tels que les informations de leur profil, leurs amis, etc. Les appels utilisent REST, les réponses JSON. L’authentification est basée sur le protocole OAuth 2.0, et rend aisée la connexion et l’autorisation de transfert d’informations personnelles demandée aux visiteurs.

Cette nouvelle API transforme Facebook en annuaire, accessible en lecture et en écriture, référençant les goûts de tous les membres de Facebook. A chaque fois que vous recommandez ou ‘Likez’ un contenu, vous enrichissez votre profil et augmentez la capacité de Facebook et des sites utilisant cette technologie de vous fournir une expérience personnalisée.

Implications pour les utilisateurs de Facebook

Avec cette nouvelle version, Facebook demande clairement (ou presque) à ses utilisateurs de renoncer à la confidentialité d’une partie de leurs données personnelles en échange de personnalisation. Il faut être clair : aucune personnalisation n’est possible sans que les utilisateurs ne donnent des informations au système sur leurs goûts. Ce que Facebook demande est nécessaire à la création d’une expérience web personnalisée.

Que les internautes veuillent ou non bénéficier de ce genre d’expériences personnalisées est une tout autre question, mais c’est, si Facebook réussi à imposer sa technologie au web, ce genre de personnalisation qui va fleurir un peu partout sur internet dans les années qui viennent.

Les goûts de vos amis, en termes de divertissement, de sport, de voyages, etc. seront classés, référencées, et disponibles. Il sera aisé de voir qui sont réellement vos amis, à la fois sur Facebook et sur le web tout entier. En plus de cela, Facebook utilisera sa propre technologie pour vous recommander des contenus.

Ceci devrait accélérer la découverte de nouveaux contenus et les liens multiples et enrichis entre amis. Cela va également affecter l’activité de recherche sur le web (e.g. Google) au profit de la recommandation sociale : comme le pointe Fred Wilson, les liens passés entre amis vont en parti remplacer en partie la recherche.

Pourtant, l’essentiel des conséquences de ces innovations du point de vue de l’utilisateur est ailleurs, et se résume à un mot : la vie privée.

Il n’est pas clair à ce stade si ceci est un réel sujet de préoccupation pour les utilisateurs de Facebook, même si ce point constitue sans nul doute une préoccupation majeure pour nous chez RWW, ainsi que pour bon nombre de commentateurs du web comme Dave Winer ou Jeff Jarvis au Etats-Unis, Pierre Tran ou Korben en France, tout comme pour l’essentiel de la communauté qui commente ici, et nous fait régulièrement part de ses préoccupations à ce sujet.

Il convient cependant de prendre des distances avec tout cela : les analyses publiées ici sont très loin de la compréhension qu’à l’utilisateur moyen de Facebook, et la communauté des lecteurs de RWW est très largement plus avertie que celle qui surfe sur Facebook.

Malgré cela, beaucoup disent que non seulement Facebook en saura trop sur nous (Google en est à ce stade aujourd’hui), mais que son contrôle sur tout cela sera bien trop grand.

Résistance au changement

Nous sommes assez septiques sur le fait que tout cela préoccupera particulièrement l’utilisateur moyen de Facebook. Les gens sont d’une naïveté incroyable quant au fait qu’on les surveille sur internet, et ce point ne fera pas exception. Les récentes lois Loppsi et Hadopi, qui ont instauré une surveillance étroite du web, potentiellement bien plus intrusive que cela, n’ont pas soulevé de protestations particulières en dehors des milieux avertis. Pire encore, elles ont mis les politiques qui les ont voté dans une situation bien délicate quand il s’agira de critiquer la paille dans l’œil du voisin.

Le plus vraisemblable est que l’internaute moyen appréciera cette expérience personnalisée d’un internet « powered by » Facebook, jusqu’au moment où l’incroyable capacité de ciblage publicitaire qu’elle rend possible leur posera question.

En France, les politiques, dont le rôle devrait être d’alerter l’opinion publique, se sont totalement décrédibilisés. Leur discours systématiquement négatif à tout sujet dès qu’il s’agit de parler d’internet leur ont fait perdre toute crédibilité, ils ne pourront pas jouer leur rôle et ne comprennent pas, pour la plupart, ce genre de subtilités. A force de crier au loup…

Aux Etats Unis, la notion de vie privée est bien moins importante qu’ici. Là bas, c’est la liberté d’expression qui prime alors qu’ici, elle est limitée par la loi et moins importante, culturellement, que le respect de la vie privée.

D’un point de vue politique, il n’y a pas grand chose à attendre. Les initiatives du gouvernement Allemand, qui a pris des positions fortes contre Facebook et qui est bien plus crédible que le gouvernement Français quand il s’exprime à propos d’internet, n’ont pour l’instant pas porté leurs fruits. Elles sont cependant à surveiller de très près.

La presse, elle, qui n’a, pour l’essentiel, jamais développé quoi que ce soit de sérieux en matière de fonctionnalités sociales, a objectivement tout a gagner à adopter massivement cette nouvelle plateforme car elle leur permettra d’accroître de façon significative leur lectorat et le nombre de pages vues sur leurs sites. Il y a dès lors peu de chance pour qu’elle monte au créneau contre ce qui ressemble, avec l’iPad, à un bouée de sauvetage.

Reste les blogs comme celui-ci, que se sont toujours fait écho des préoccupations en matière d’arbitrage entre vie privée et technologies, mais ceux-ci s’adressent à des spécialistes ou des lecteurs avertis, curieux des technologies internet et, comme vous avez pu le constater à travers les multiples articles, tant sur l’édition francophone qu’anglophone de RWW, les avis sont partagés : La plateforme offerte par Facebook est également riche en innovations, notamment car elle promet de faire passer la sémantique au mainstream. Les services web, demain, pourraient, grâce à elle, voir surgir des innovations phénoménales.

L’essentiel, à notre sens, reste cependant d’avertir et d’expliquer, sans verser d’un coté ou de l’autre dans la démagogie, afin que chacun puisse décider en son âme et conscience, et expliquer à son tour à son entourage, les tenants et les aboutissants de ce tournant qu’est sur le point de prendre Facebook et l’internet dans son ensemble.

Conséquences pour les annonceurs

Bien sûr, le sujet du respect de la vie privée et de la publicité n’ont pas été abordés lors de la conférence F8, mais il est évident que Facebook utilisera les informations qu’il collectera sur ses membres pour cibler ses publicités. Il est même fort probable que Facebook devienne dans les prochaines années l’une des plus puissantes régies pub au monde, du fait même de sa capacité de ciblage sans précédent. Derrière cette sémantisation du web et des relations sociales, se cache quelque chose qui pourrait rendre obsolètes les innovations de Google en matière de publicité.

Reste à voir la réaction des utilisateurs quand le ciblage, du fait de son efficacité, deviendra trop visible. Facebook aura alors la possibilité de faire passer la pilule en leur offrant des réductions considérables – du fait du volume phénoménal qu’il sera en mesure de négocier – ainsi qu’en leur faisant bénéficier de ‘crédits’ issus de sa propre monnaie, elle aussi annoncée lors de la conférence F8.

Les annonceurs, qui jusqu’ici avaient tendance à prendre à la légère le système de publicité proposé par Facebook, devront rapidement réviser leur copie. D’ici peu, Facebook leur fournira la possibilité de cibler une population en fonction d’une quantité impressionnante de facteurs : goûts, centres d’intérêts, marques favorites, réseau social, sujets abordés sur la page où est placé la publicité, et géolocalisation.

Avec un tel système, il sera possible pour Renault de proposer ses pubs à ceux qui ont montré de l’intérêt récemment pour un modèle particulier de la concurrence, pour peu que ces derniers soit situés à proximité d’une concession, cette publicité pourrait tout a fait prendre la forme d’une proposition de rendez vous pour un essai, tout en vous suggérant d’en parler à une sélection d’amis, fans de la marque. Vendre un livre ou un film se ferait sur un mode tout aussi personnalisé, le renouveau apporté par cette technologie au monde de la publicité est totalement disruptif, tout comme l’a été en son temps celui proposé par Google.

Pour les secteurs offrant une vaste gamme de choix, comme la mode ou le tourisme, c’est l’ensemble des sites eCommerce et des « landing pages » qui pourraient être intégralement personnalisés en fonction de chaque visiteur (faisant, là encore, un renversement d’équilibre entre « recherche » et « recommandation »).

C’est une potentielle révolution en matière de marketing, dans lequel il faudra encore injecter une bonne dose d’algorithmie et d’expertise en média social.

Il serait par ailleurs étonnant que la publicité proposée par Facebook reste longtemps cantonnée sur Facebook, une fois le web sémantisé et ses widgets largement distribués, il sera aisé pour Facebook de proposer des widgets publicitaires aux éditeurs de sites web, à la façon d’AdSense de Google, ce qui fera passer le ciblage contextuel ou comportemental comme une antiquité du jour au lendemain.

Si la vision de Facebook se réalise, ce dernier pourrait devenir la plus grosse régie publicitaire de l’internet, en particulier en ce qui concerne le display. Il pourrait bien renverser la tendance dans l’équilibre actuel entre display et liens sponsorisés, et redonner un rôle dominant au display en augmentant à la fois ses capacités de ciblage, mais également la possibilité de personnaliser en profondeur le message transmit, de l’affichage d’une banner à l’expérience proposée sur le site qui arrive derrière.

Conséquences pour les éditeurs web

En apparence, Facebook propose aux éditeurs une offre qu’ils ne peuvent pas refuser. Qui ne souhaite pas voir sur son site plus d’activités sociales ?

Mais à y regarder de près, c’est loin d’être aussi évident. Pour comprendre cela, il faut distinguer deux types de sites : ceux qui sont déjà des réseaux sociaux ou qui ont un réseau social intégré, et ceux qui n’ont qu’un simple système de commentaires.

Dans le premier camp, vous trouverez des sites comme Last.fm, Flixter ou Allociné. Aucun de ces sites n’étaient un partenaire privilégié de Facebook pour le lancement de leur nouvelle plateforme, et on peut comprendre pourquoi. Les connexion sociales autour de la musique, des films ou des livres sont leur raison d’être, tout comme les notes et les commentaires postés par leurs utilisateurs, ainsi que leurs systèmes de recommandation. S’ils passent à la technologie de Facebook pour tout cela, que leur restent-ils ?

N’importe quel site qui a déjà un réseau social intégré doit décider s’il doit abandonner cela avant de sauter dans l’aventure, et le problème critique réside dans la propriété des commentaires et des notations. Les éditeurs sont-ils prêt à abandonner cela ? Personne ne pense sérieusement qu’un utilisateur va noter quelque chose sur Facebook puis le faire à nouveau sur le site d’un éditeur.

Alors, comment cela va-t-il fonctionner ? Ce n’est pas clair à ce stade, mais il y a des chances que les éditeurs exigeront que soit mis à leur disposition un moyen pour répliquer ou exporter les commentaires et les recommandations faits à partir de leurs sites. Peut être sous la forme d’une API ouverte qui permettrait aux éditeurs de manipuler les données. Quoi qu’il en soit, on peut comprendre que certains éditeurs soient particulièrement préoccupés.

Ceci dit, si vous éditez un site eCommerce, un blog, un service comme Pandora ou imdb.com qui n’ont pas beaucoup de fonctionnalités sociales, l’offre de Facebook est un cadeau extraordinaire, qui permettra d’améliorer de façon quasi instantanée les performances et l’attractivité de votre site.

A titre d’exemple, les widgets mis en place ici sur RWW France on généré en moins de 48h près de mille visiteurs supplémentaires (sur un total de 10.000 par jour). C’est cependant à pondérer du fait que l’on parle de Facebook en ce moment et que, forcément, cela attire les visiteurs en provenance de Facebook, ce même effet se répète à chaque fois que l’on parle de Twitter, déclenchant une arrivée impressionnante de visiteurs en provenance de Twitter.

C’est difficile à estimer, mais en terme de trafic, c’est un surplus non négligeable que peut apporter ainsi Facebook, surtout si ces fonctionnalités sont couplées à une vrai stratégie de community management sur Facebook. Largement de quoi payer au prix fort une armée de community managers pour les gros sites de contenus, ainsi que les meilleurs experts de la place, afin de tirer parti de cette mine d’or ouverte par Facebook.

Conséquences pour les concurrents de Facebook

Cette brillante et agressive avancée de la part de Facebook va rendre Twitter, Google, Yahoo, MySpace, AOL, eBay, Amazon… tout le monde, en fait – à l’exception de Microsoft – très inquiet. Microsoft est le seul à tirer son épingle du jeu et se satisfait du partenariat qu’il a avec Facebook.

Un accord concernant Bing, son moteur de recherche, est probablement dans les cartons, et alimenter Bing avec toutes les données issues de Facebook aurait beaucoup de sens : cela permettrait une amélioration sensible des résultats de recherches proposés par le moteur de Microsoft.

Pour certains acteurs, on peut imaginer des synergies intelligentes : eBay ou Priceminister, par exemple, pourraient ajouter un bouton ‘Like’ sur chacune de leurs annonces, et reverser une commission d’affiliation à l’internaute ayant ainsi aidé à diffuser l’annonce, s’il attire un acheteur sur celle-ci.

Mais pour tous les grands acteurs de l’internet, le soucis est que Facebook est en train d’essayer de s’accaparer un territoire où il aurait le contrôle exclusif de l’attention des internautes. Apparemment, Facebook ne se contente plus de connecter les gens entre eux, il ambitionne désormais connecter les gens et les choses, non seulement sur son site, mais partout sur le web, et pas simplement les gens, mais vos amis.

Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que Facebook met en place un circuit fermé qu’il contrôle et qui inclut ses utilisateurs, le reste du web, tout en excluant ses concurrents.

La réaction des autres gros acteurs de l’internet peut être variée, la pire étant d’essayer de faire la même chose. Le syndrome du copier-coller, bien trop courant sur le web entre gros acteurs dominants, n’a jamais marché, et il est certain d’échouer dans le cas présent.

Ils peuvent ensuite essayer de bloquer Facebook, cela pourrait marcher. Entre ce qui préoccupera les utilisateurs et ce qui ennuiera les éditeurs, les critiques sont nombreuses, et si elles sont bien orchestrées et cordonnées, une campagne de lobbying peut mettre à mal le projet de Facebook. Souvenez vous de la façon dont Beacon a été abandonné face à une campagne de presse agressive, une masse d’utilisateurs en colère et une blogosphère « high-tech » vent debout contre Facebook.

La troisième option est de jouer le jeu et de construire quelque chose dans l’écosystème proposé par Facebook. D’innover au sein de cet écosystème. C’est à priori, d’un point de vue stratégique, la meilleure option. L’innovation a toujours triomphé de l’immobilisme sur le web. Reste que cela ne sera pas forcément facile, ce n’est pas comme si Facebook avait réuni tout le monde autour d’une table pour discuter et coopérer autour de ce projet. Rien ne dit que Facebook soit ouvert à la collaboration, mais si c’est le cas, c’est sans doute la meilleure décision pour un éditeur web.

Techniquement parlant, ce que Facebook propose est élégant et propre. Le langage de balisage sémantique, les widgets, l’API, tout cela est performant et utilise les technologies les plus modernes. Le point noir reste que Facebook semble être le seul dépositaire de toutes les données dans cette équation, ce qui rend l’ensemble particulièrement fermé. Les éditeurs et les utilisateurs n’ont pas le choix en ce qui concerne l’endroit où stocker les données. Elles vont chez Facebook et seulement chez Facebook. Le système peut sans doute être amélioré pour changer cela, et nous suivront de près les évolutions de Facebook sur ce point.

Les conséquences pour Facebook

L’annonce de cette nouvelle plateforme est un nouveau changement radical pour Facebook. Avant la conférence F8, Facebook était le plus gros réseau social de la planète. Si la vision proposée par Facebook voit le jour, Facebook sera le plus grand réseau de personnes et de choses sur la planète, où, pour dire cela autrement, ce sera le répertoire des goûts et des couleurs du monde entier.

Objectivement, il faudra que Facebook développe de nouvelles technologies pour compléter celles dont il dispose. Celles concernant les réseaux sociaux sont déjà particulièrement au point, mais en terme d’analyse sémantique, de moteurs de recommandation, de classements verticaux comme les livres ou les films, ainsi que l’ouverture d’un système accessible en lecture comme en écriture répertoriant les goûts de chacun… Tout cela est complètement nouveau pour l’équipe de Facebook. Le plus gros challenge auquel Facebook devra faire face sera sans nul doute de d’injecter toutes ces données dans son système, de les rendre disponibles, et plus important encore, d’en tirer du sens et de la valeur.

Facebook va devoir manipuler des sommes colossales de données informatiques pour cela, et retravailler en profondeur son interface utilisateur afin de se préparer à la prochaine étape de sa vie, et la plus grosse phase expérimentale qu’il a devant lui consistera à fournir à ses utilisateurs quelque chose de pertinent. Google a réussi cela dans le domaine de la recherche, Facebook doit désormais le faire dans la recommandation et le ciblage publicitaire, en se basant sur les goûts de ses utilisateurs.

Conséquences pour le web sémantique

L’une des annonces les plus excitantes faites lors de la conférence F8 de Facebook est l’avancée considérable que cela pourrait apporter au web sémantique, annoncé comme la prochaine grande évolution du web. Un thème qui nous est cher chez ReadWriteWeb. Nous avons beaucoup écrit sur le sujet et de nombreux auteurs qui s’expriment dans nos colonnes sont passionnés par le sujet.

Le protocole proposé par Facebook est très simple. Pour décrire un objet sur une page, l’éditeur doit lui donner un titre, une typologie, une image, une url et le nom du site en utilisant de simples metatags. Le format est extensible et des tags supplémentaires peuvent être ajoutés. Un livre, par exemple, peut se voir ajouter son ISBN (un code identifiant unique). Ce format laisse de la place pour une certaine ambiguité, ce qui n’était pas le cas des langages de marquage sémantique jusqu’ici, qui avaient pour habitude d’être très stricts dans leur marquage. Le protocole de Facebook ne semble pas faire cela. C’est une bonne chose car il est du coup plus facile et moins couteux à implémenter, mais les puristes y trouveront beaucoup à redire.

Il y a eu par le passé de nombreuses initiatives pour marquer sémantiquement le web, comme RDF, les microformats, les Google Rich Snippets, Search Monkey de Yahoo (basé sur les RDF et les microformat), et dernièrement, Abmeta. De tous ces formats, celui de Facebook est proche de Abmeta car les marqueurs sont placés dans des metatags, et qu’ils sont simples et lisibles par un humain. Cette simplicité est essentielle pour que ce format soit adopté massivement. (disclosure : Alex Iskold, co auteur de cet article, est à l’origine de Abmeta avec l’aide de Peter Mika de Yahoo).

(le protocole Facebook)

(le protocole Abmeta)

Au final, l’initiative de Facebook est une chance incroyable offerte au web sémantique de devenir mainstream et d’envahir le web tout entier.

Ce que Facebook vient de faire a une chance de rendre concret le rêve d’un web sémantique en offrant aux éditeurs un réel retour sur l’investissement nécessaire à la sémantisation e leurs contenus. Les sites web dont les contenus traitent de cinéma, de littérature, de musique, d’évènements, de sport ou d’actualités peuvent désormais adopter le format proposé par Facebook, et recevoir en retour des fonctionnalités sociales particulièrement performantes. Cela leur permettra d’offrir à leurs visiteurs une expérience personnalisée impossible jusqu’ici. Comme nous le constations nous même (et sans même avoir marqué sémantiquement nos contenus), cela se traduit également par un apport significatif en termes de visites et d’interactions sur le site.

C’est une opportunité incroyable pour faire du web sémantique une réalité et le rendre mainstream, le web sémantique serait ainsi le chaînon manquant entre le web des contenus et le web social. Autant dire qu’au delà de l’aspect léger du langage par rapport à la rigueur habituelle de la sémantique, cette proposition de sémantisation du web pour en unifier ses deux facettes, sociale et contenus, qui prend largement en compte la valorisation de ces même contenus, est intellectuellement très séduisante.

Conséquences pour les developpeurs

Chaque nouvelle plateforme sortie ces dernières années a offert une mine d’opportunités pour la communauté des développeurs, et celle-ci ne fait pas exception. Bien que nous ne sachions pas encore à ce stade quels types d’applications seront construites au sein de l’ecosystème proposé par Facebook, il ne fait aucun doute que ces dernières seront indéniablement utiles, et peut être même révolutionnaires.

Cette plateforme a non seulement le potentiel pour donner naissance à un tout nouveau genre de personnalisation, mais elle pourrait bien bouleverser l’économie de l’attention dont on parle depuis des années. Elle a également des chances d’être massivement rejetée, mais comme nous vous le disions précédemment, nous n’y croyons pas trop.

Il y aura sans aucun doute une véritable ruée vers l’or qui durera au moins une année, comme la précédente, quand Facebook avait ouvert sa plateforme afin d’y accueillir des applications tierces. Il est trop tôt pour dire si cette plateforme vivra longtemps et ne portera pas préjudice à ceux qui y participeront. Cependant, il y a de fortes chances que les meilleures applications construites dans cet écosystème appartiennent à Facebook.

Comme Facebook finira par entrer en bourse, il y a également de fortes chances pour que ce dernier se mette à acquérir les perles issues de son écosystème, d’autant que, si la communication est bien menée, cela aurait tendance à renforcer le dynamisme de l’écosystème tout entier et a offrir une forte motivation aux développeurs : qui, parmi eux, ne rêverait pas de terminer millionnaire et de travailler dans l’une des startups les plus prestigieuse au monde ?

Echec et mat ?

Facebook a fait là une avancée majeure dans le monde du web social, au point d’entrevoir la prise de contrôle du web des contenus par le web social. En faisant cela, il pourrait avoir remporté la partie face à la concurrence, à moins que toute cela se termine en échec retentissant comme cela avait été le cas avec Beacon. Quoi qu’il en soit, à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’annonce de Facebook a des conséquences très lourdes pour ses concurrents, pour les éditeurs de sites web, les utilisateurs de Facebook et le web dans son ensemble.

Ce que Facebook vient de faire ne peut être ignoré ni balayé d’un revers de la main, et cracher dessus est parfaitement futile. Chacun doit trouver comment ajuster sa stratégie afin de prendre en compte ce qui pourrait bien être la fin du web 2.0 et le début du web 3.0 (au sens du web sémantique), car si le pari de Facebook réussi, c’est bien à un changement systémique majeur auquel nous avons à faire face.

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